L’éditorial d’Alain Séraphine
L’éditorial d’Alain Séraphine
Après avoir accueilli sur notre territoire dés 2007 une première étape de préfiguration de la Biennale Arts Actuels Réunion, dénommée également Biennale de l’A.D.C.NI, autrement dit Biennale de l’Art, du Design, de la Création Numérique et Immatérielle, l’édition 2007 aura révélé l’expression d’artistes de sept pays différents. En 2009, l’île de La Réunion aura accueilli du 20 novembre au 20 décembre 2009 une seconde édition préparatoire présentant les artistes d’une quinzaine de pays.

2011 : la Biennale Arts Actuels Réunion s’installe désormais dans la durée. Après avoir reçu et examiné plus de soixante-dix projets en provenance d’une vingtaine de pays différents, une trentaine d’artistes, dont cinq de la Réunion -soit 18 pays et 5 continents- ont été sélectionnés pour une résidence de création basée à l’Ecole Supérieure d’Art de la Réunion, dans le but de participer à cette nouvelle édition. Malheureusement, pour des raisons que nous dirons administratives, Mlle Tatheer Fatima DARYANI du Pakistan et et M. Mega MINGIEDI du Congo n’ont pu obtenir leurs visas pour rejoindre la résidence de création.

Rappelons aussi que les artistes ont été retenus sur projet par un jury dans lequel ont siégé les co-curateurs internationaux : Monsieur Zhenqing GU, directeur de la White Box de Pékin ; Mme Delphine FABBRI LAWSON, commissaire d’exposition Europe / Amérique latine / Asie ; et Mme Gloria Soledad GARCIA LOPEZ, coordinatrice académique et responsable de la création dans l’Ecole d’art de Guadalajara au Mexique.

Face aux enjeux et troubles intenses que connaît aujourd’hui notre humanité confrontée :
▪ Aux mutations sans précédent des technologies de la communication qui modifient les paysages culturels, raccourcissent les distances et nivèlent les savoirs et savoir-faire entre les peuples ;
▪ A la crise monétaire et ses conséquences désastreuses sur le paysage social à l’international ;
▪ Aux désordres environnementaux planétaires qui questionnent l’ensemble des peuples sur l’avenir même de nos sociétés ;
▪ A l’expression de foyers de violence extrême entre les peuples un peu partout dans le monde ;

Les artistes d’aujourd’hui, de part leurs créations, n’ont-ils pas à contribuer à l’émergence de nouveaux choix de société, ainsi qu’à de nouvelles pratiques sociales dans ce monde mutant ?

La Biennale Arts Actuels Réunion, située au carrefour des cultures entre l’Afrique, l’Europe, l’Asie, l’Océanie et l’Amérique, ambitionne également de contribuer à :

▪ Libérer l’expression artistique en libérant enfin les mots « contemporain » et « modernité », dont près des deux tiers des peuples de notre humanité semblent aujourd’hui encore être exclus. L’objectif : montrer que la pensée ne s’est surtout pas arrêtée dans aucun de ces pays dits du Sud économique. Ces derniers, de par leurs expressions créatives, peuvent bien au contraire contribuer à faire émerger de nouveaux modèles de développement, si attendus par notre monde ;
▪ Favoriser, avec le concours de l’ESA Réunion, le développement de la recherche et de la création, se nourrissant de réalités locales tout en étant positionnées sur les enjeux globaux ;
▪ Cultiver les différences culturelles entre les peuples dans le respect de l’authenticité des créativités nouvelles de chacun ;
▪ Faire reculer les velléités xénophobes qui auraient tendance à s’exprimer d’avantage en période de crise ;
▪ Susciter et accompagner la création numérique et immatérielle entre les peuples, favorisant ainsi un développement durable tant culturel voire interculturel qu’économique, en faisant appel à des usages immersifs interactifs, collaboratifs à distance.

L’organisation de cette Biennale vise avant tout à faire de notre île une terre de découvreur de talents, d’incubation et de création de projets à l’instar d’un de ces fils, Ambroise Vollard, qui en son temps — de part son regard et ses choix artistiques — a su révolutionner l’histoire de l’art et l’économie, en révélant au monde des artistes allant de Cézanne à Picasso en passant par Gauguin, Matisse et Van Gogh. C’est bien à cet effet que les jeunes talents internationaux retenus sont accueillis à l’Ecole Supérieure d’Art de La Réunion, au sein de sa plateforme de recherche « Science et Art » sur le « Paysage » dans toutes ses dimensions : naturelle, humaine, urbaine, virtuelle …

En résumé, la Biennale Arts Actuels Réunion 2011, portée par l’ancienne association Ecole Supérieure des Beaux-Arts, dénommée désormais ANTIGONE comme « Art Naissant de Territoires d’Imaginaire de Générations Ouvertes, Novatrices et Evolutives », présente une palette d’œuvres issues de cette résidence de recherche, qui incarne l’expression d’une jeune création émergeante provenant de 16 pays différents.

Je souhaite à tous les visiteurs de la Biennale de belles découvertes qui, je l’espère, les mèneront vers le plaisir partagé et permettront de générer une réflexion nourrie, face aux enjeux d’un monde changeant.

Alain Séraphine
Curateur Général de la Biennale Arts Actuels Réunion
Directeur de l’association ANTIGONE